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De Bari à Lyon : le parcours d’Angela, intervenante CREAD & Architecte d’Intérieur, entre patrimoine et création

Architecte d’Intérieur et fondatrice de l’agence Artemisia, Angela revient sur un parcours riche entre Italie, Londres et Lyon. Dans cette interview, elle partage sa vision d’une architecture intérieure attentive au patrimoine, au travail des artisans et aux enjeux contemporains, ainsi que son expérience de la transmission auprès des étudiants de CREAD.

Angela, tu as commencé par des études en scénographie et dans l’architecture. Peux-tu nous parler du parcours qui t’a menée à te spécialiser dans l'architecture intérieure, et comment tes premières expériences ont façonné ta philosophie actuelle ? 

Je suis diplômée de l’École des Beaux-Arts de Bari, où j’ai obtenu en 1998 un diplôme en scénographie. Mon mémoire, consacré à la rénovation du Théâtre Piccinni (1898), a été réalisé en collaboration avec le cabinet d’ingénierie et d’architecture Studio Nuzzolese. Cette expérience, menée avec plusieurs casquettes — conception, recherche historique et dessin technique — m’a appris à intervenir sur le patrimoine avec rigueur et sensibilité. 

Après mes études, je me suis installée à Londres, où j’ai participé à une exposition à Clerkenwell en collaboration avec un photographe. Par la suite, une formation en light design et en Autocad m’a permis de travailler comme dessinatrice dans des cabinets d’architecture à Venise. Cette expérience, en collaboration constante avec des ingénieurs et des architectes, m’a permis de développer une approche de la lumière comme matière architecturale à part entière, tout en maîtrisant plusieurs logiciels de dessin et en alliant sensibilité et rigueur technique. 

Ces premières étapes ont fondé ma philosophie : concevoir des lieux qui respectent leur histoire tout en affirmant une écriture contemporaine. 

Quand tu as intégré CREAD Pro en 2021, tu parlais de la reconversion comme un moyen de renouer avec la création et le dessin. Qu’est-ce que cette reconversion a changé dans ta manière de concevoir l’architecture intérieure ? 

La vie m’a fait changer de direction et m’a éloignée de l’environnement artistique et architectural. Être pendant des années uniquement une exécutrice derrière l’ordinateur, comme dessinatrice, ne me donnait pas la satisfaction du processus créatif jusqu’à la réalisation du projet. 

Paradoxalement, la possibilité de suivre des parcours apparemment éloignés m’a formée et enrichie : par exemple, être élève à l’école de yoga de la Maitresse Gabriella Cella avec l’approche philosophique d’alignement entre matière et esprit m’a permis de me réconcilier avec ces aspects artistiques et créatifs. Cela m’a fait sentir, à un certain moment, le besoin de reprendre le chemin que j’avais laissé en route, mais avec un nouveau bagage et surtout avec la légèreté de retrouver le goût et le plaisir dans mon travail, sans l’attachement « vie ou mort » que l’on a à vingt ans. 

Tout a pris un goût différent lorsque mon dossier a été accepté à CREAD : c’était comme retourner en arrière, au premier jour de l’école primaire. C’était fantastique. C’était puissant. 

J’ai ensuite repris mon parcours à CREAD PRO, où j’ai obtenu undiplôme d’État RNCP de niveau 7 en Architecture d’Intérieur . Cette formation m’a permis de retrouver le plaisir de la création tout en renforçant ma capacité à penser l’architecture et le design de manière intégrée, avec un regard à la fois fonctionnel et esthétique sur les espaces. Elle a véritablement consolidé ma reconversion et mon retour à la création. 

Au sein de ton agence Artemisia, la restauration du patrimoine semble occuper une place importante. Comment vois-tu ton rôle en tant qu’Architecte d’Intérieur dans la préservation de ces lieux, et pourquoi cela te tient-il à coeur ? 

Au sein de mon agence Artemisia, la restauration du patrimoine occupe une place essentielle car elle permet de faire dialoguer passé et présent. J’ai un amour particulier pour la restauration de fresques anciennes et des éléments historiques, et je considère que chaque lieu a une histoire qui mérite d’être valorisée et mise en lumière. 

À ce propos, je travaille en étroite collaboration avec des ingénieurs et architectes spécialisés dans la restauration de la pierre, ainsi qu’avec des restauratrices artistes diplômées de l’École des Beaux-Arts de Venise, expertes dans la restauration de fresques et la rénovation de moulures et plafonds. Artemisia réunit ainsi les savoir-faire et expertises de plusieurs arts et métiers pour redonner vie aux lieux que nous intervenons. 

Pour moi, travailler dans le domaine de la rénovation et de l’aménagement requiert une vision globale, où la justesse de chaque intervention doit être soigneusement maîtrisée afin de préserver et de valoriser le lieu. Il s’agit de lui insuffler une nouvelle vie, en le faisant dialoguer avec le regard contemporain du présent, tout en respectant son âme et son histoire. Le savoir-faire manuel des artisans, qu’il s’agisse de la pierre, des fresques ou des moulures, est au coeur de ce processus : ce sont leurs mains et leur expertise qui permettent au lieu de renaître, avec authenticité et précision, sans jamais être dénaturé. 

Tu as aussi travaillé sur le projet Terracotta à Beauvallon (69700), un restaurant dans un village. Peux-tu nous parler de ce projet et de la manière dont il a contribué à la revitalisation du lieu ? 

Le projet Terracotta a consisté à redonner vie à un lieu historique et abandonné, en le transformant en un espace accessible, convivial et multifonctionnel. J’ai eu l’honneur de remporter l’appel d’offre de la mairie pour la création d’un complexe de 300 m², comprenant un restaurant, un bar, un lounge, une terrasse et une boutique d’épicerie fine italienne, ouverte sur un parc de 15 hectares avec vue sur le Pilat. 

Le bâtiment, inspiré du style néoclassique, s’implante sur un ancien site médiéval et conserve certains éléments historiques, comme la façade nord et la structure de l’ancienne orangerie du Clos Souchon, datant du XVIIe siècle. La famille Souchon-Neuvesel, à l’origine du groupe BSN (devenu DANONE), avait construit cette maison bourgeoise à la fin du XIXe siècle, qui comportait déjà des boiseries, papiers peints, peintures murales et mosaïques. L’objectif du projet était de respecter l’architecture et les décors d’origine tout en insufflant une nouvelle vie au lieu. Chaque matériau, de la pierre locale au granit en passant par la pierre dorée et la pierre de Bourgogne, a été soigneusement nettoyé et mis en valeur. La lumière naturelle a été pensée comme un moteur central, soulignant la beauté des murs et la pureté des lignes, notamment de la grande cheminée en pierre. 

Le projet a également intégré un travail sur l’identité visuelle et la valorisation des matériaux, avec la collaboration d’artisans locaux pour restaurer les détails historiques et sublimer l’espace. La cour, auparavant simple lieu de passage, a été transformée en espace lounge structuré et accueillant, sécurisé et propice à la détente, avec l’installation d’un portail en aluminium en harmonie avec l’environnement.

Ainsi, Terracotta illustre l’importance d’une réhabilitation réfléchie, où le patrimoine et la modernité cohabitent pour créer un lieu de vie, de partage et d’échange, fonctionnel et esthétique, fidèle à son histoire tout en répondant aux besoins contemporains. 

Comment ton travail avec des artisans locaux, comme pour Terracotta, enrichit-il tes projets et ta vision de l’architecture ? 

La réussite d’un projet repose avant tout sur la qualité des personnes qui l’entourent. L’architecture ne se fait pas uniquement derrière un bureau, mais sur le terrain, en collaboration avec d’autres métiers. Il est fondamental de s’appuyer sur des artisans hautement qualifiés — compagnons du devoir — ainsi que sur des architectes, ingénieurs, décorateurs et partenaires fournisseurs. Chacun apporte un regard singulier, une expertise précieuse et une sensibilité propre à son métier, contribuant ainsi à la richesse et à la cohérence de l’ensemble. 

Celui ou celle qui dirige le projet doit faire preuve d’une vision ouverte et d’une véritable capacité d’écoute face à la pluralité des points de vue. Toutefois, il lui revient également, à un moment décisif, d’orchestrer ces différentes contributions, de relier les savoir-faire et d’en assurer l’harmonie, afin que chaque intervention s’inscrive avec justesse dans l’unité du projet. 

Mon expérience m’a enseigné que plus les professionnels sont accomplis, plus ils se distinguent par leur humilité et leur générosité dans la transmission de leur savoir. C’est dans cette dynamique d’échange et de partage que le projet s’élève, gagne en profondeur et atteint sa pleine maturité. 

Tu as également participé à un projet d’école au Sénégal. Peux-tu nous en dire plus sur cette expérience et ce qu’elle t’a apporté dans ta vision de l’architecture ? 

Le projet d’école au Sénégal a été une expérience profondément enrichissante, tant sur le plan humain que professionnel. Il s’agissait d’un projet mené en collaboration avec une équipe d’architectes-ingénieurs et de dessinateurs 3D, avec pour objectif la construction d’une école destinée à accueillir 160 élèves. La demande était précise : éviter le béton et privilégier une approche proche de l’autoconstruction, en s’appuyant sur des techniques et des savoir-faire locaux. 

Cette initiative trouve également son origine dans mon intervention, l’année dernière, au sein de CREAD en tant que formatrice en DIAH (Design International Architecture History). Cette expérience m’a amenée à approfondir des recherches liées aux enjeux climatiques, aux modes de conception responsables, aux coûts de réalisation et à l’adaptation des architectures aux contextes environnementaux. Elle a élargi ma vision et renforcé ma volonté de m’engager dans des projets porteurs de sens. 

Dans ce cadre, la collaboration avec un maçon spécialisé dans le BTC (brique de terre crue), Frantz Lavenu — qui a notamment travaillé avec Norman Foster pour la réalisation d’une voûte nubienne à la Biennale de Venise et sur plusieurs projets en Afrique — a été déterminante. L’utilisation de la terre comme matériau principal a permis d’ancrer le projet dans son territoire, en valorisant des ressources locales et en répondant aux conditions climatiques. 

Ce projet m’a appris l’importance du dialogue entre cultures architecturales, de l’humilité face aux contextes locaux et de la nécessité d’adapter la technologie aux savoir-faire existants. Il m’a également confortée dans la conviction que l’architecture doit aujourd’hui participer activement aux changements que le monde exige : plus de responsabilité, plus d’ouverture et une conscience accrue des enjeux environnementaux et sociaux. 

Tu enseignes à CREAD et tu sembles accorder une grande importance à l’échange avec tes élèves. Quelles sont les valeurs que tu cherches à leur transmettre dans tes cours ? 

Enseigner à CREAD représente pour moi une continuité naturelle de mon parcours. J’accorde une grande importance à l’échange avec les étudiants, car la transmission ne peut être unidirectionnelle : elle se construit dans le dialogue, la curiosité et le questionnement

Les valeurs que je cherche à leur transmettre reposent avant tout sur le lien entre la théorie et la pratique. L’architecture ne peut se limiter à un travail derrière un écran ; elle doit se confronter à la réalité du terrain, au chantier, aux matériaux et aux personnes qui les mettent en oeuvre. Comprendre la matière, observer les gestes, dialoguer avec les artisans et les ingénieurs est essentiel pour développer une conception juste et responsable. 

Je souhaite également encourager une approche active et engagée de l’architecture : apprendre à analyser un contexte, à prendre position, à faire des choix cohérents et à assumer une vision. L’architecture est un acte culturel et humain ; elle implique une conscience des enjeux sociaux, environnementaux et économiques. Former les étudiants à cette responsabilité est, pour moi, fondamental. 

En parlant de l’avenir d’Artemisia, quels sont tes projets pour les années à venir, et quelles ambitions nourris-tu pour ton agence et tes collaborateurs ? 

Pour les années à venir, mon ambition est de consolider et de développer Artemisia à une échelle plus large, tout en restant fidèle à son identité. La création d’antennes à Paris et en Italie fait partie de cette vision, afin d’élargir notre réseau de clients et de projets, et de favoriser un dialogue constant entre différentes cultures architecturales.

Je souhaite également diversifier les services de l’agence en intégrant davantage de spécialités — notamment la structure, l’ingénierie, le design global et la restauration du patrimoine — afin de proposer une approche toujours plus complète et transversale.

L’objectif est de structurer Artemisia comme un véritable pôle de compétences, capable d’accompagner un projet dans toute sa complexité, de la conception à la réalisation. Je crois profondément que l’ouverture et la collaboration sont les clés d’une architecture contemporaine responsable et inspirée.

Pour terminer, Angela, tu parles souvent de l’importance de la collaboration dans l’architecture intérieure. Pour toi, qu’est-ce qui fait la beauté d’un projet architectural et comment le travail d’équipe y contribue-t-il ? 

L’architecture n’est jamais un acte solitaire. La beauté d’un projet naît précisément de la rencontre entre plusieurs regards : ceux des architectes, des ingénieurs, des artisans, mais aussi des clients et des futurs usagers. C’est dans cette interaction que le projet prend profondeur et justesse.

Un projet architectural devient beau lorsqu’il dépasse l’intention initiale pour s’enrichir des idées, des savoir-faire et des sensibilités de chacun. Le travail d’équipe permet de confronter les points de vue, d’affiner les choix et parfois même de dépasser ses propres limites créatives. 

Chaque réalisation est, pour moi, une oeuvre collective. Elle est le résultat d’un équilibre entre vision, écoute et dialogue. C’est cette dynamique collaborative qui donne au projet sa cohérence, sa force et, finalement, sa beauté. 

En savoir plus sur les projets menés par Angela et Artemisia

Un immense merci à Angela pour ce témoignage si inspirant !

 

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