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Nos intervenants : Yohann Chabuel, spécialiste de l'Intelligence Artificielle

Au cœur de la transformation accélérée des métiers créatifs, Yohann Chabuel, intervenant à CREAD, apporte un éclairage unique sur l’évolution du rôle de l’Architecte d’Intérieur à l’ère de l’IA. Dans cet entretien, il revient sur l’ambition pédagogique de l’école, la mutation profonde du secteur et les compétences essentielles que devront maîtriser les professionnels de demain

Avant d’enseigner à CREAD, quel a été votre parcours professionnel et comment vous êtes-vous progressivement spécialisé dans l’IA appliquée à la création et à l’architecture intérieure ?

Je suis directeur artistique en communication depuis 25 ans et à mon compte depuis 20 ans. D’un naturel curieux, j’ai développé mes compétences tout au long de ma carrière de créatif. J’ai eu l’opportunité de travailler à la Direction Artistique de CHANEL, puis chez L’ORÉAL Recherche. Ensuite j’ai fondé l’agence Comète avec mon associé et nous l’avons développée pour atteindre 15 collaborateurs. En 2011 j’ai créé Campagne, une des premières agences de communication en France en mode remote.

Fin 2022, profitant d’un « creux » d’activité, j’ai découvert l’émergence des premières IA génératives publiques. J’ai tout de suite été passionné par cet énorme changement de paradigme sur la créativité et plus largement maintenant, sur les enjeux métiers. Comme Nathalie Dupuy, Gilles Guerraz, Pierrick Chevallier et quelques autres à l’époque, notre petite communauté d’experts a commencé à partager ses connaissances en écoles et entreprises.

Au printemps 2023 J’ai eu la chance de croiser le chemin d’Anne Savey, directrice de CREAD Lyon, qui m’a proposé d’intervenir à l’école avec une grande ambition : acculturer l’ensemble des étudiants de 1e, 2e et 3e année, mais aussi intégrer l’IA au process créatif des étudiants. Je n’ai pas le diplôme d’un Architecte d’Intérieur, mais j’en connais les besoins et je les relie aux meilleures solutions IA applicables au métier. Les besoins sont différents, mais le processus est le même qu’on soit architecte, designer produit, designer de mode ou graphiste.

CREAD a été l’une des premières écoles en France à intégrer l’IA de manière structurée dans son programme 2024/2025. Avec le recul, quel regard portez-vous sur cette première année d’expérimentation pédagogique ?

Oui, CREAD est la première et seule école, à ma connaissance, à avoir investi l’IA générative avec autant d’ambition, lorsque d’autres écoles se contentaient d’un workshop unique sur l’année.

Personne n’aurait pu imaginer la quantité d’évolutions que nous avons vécues entre la rentrée en septembre et le mois d’avril. Chaque étudiant a bénéficié de 50 heures de cours théoriques et pratiques, souvent sur des sujets complexes et multimodaux extrêmement enrichissants.

Le constat : les étudiants ont acquis un véritable socle de connaissances en IA génératives. À l’instar des disciplines métier enseignées, ce socle de fin d’année leur permet aujourd’hui une agilité d’esprit, une compréhension des différentes plateformes génératives, du concept décliné de prompt et un esprit critique face aux IA. Ils n’en ont plus peur, ils ne la fantasment pas, ils la maîtrisent en conscience.

L’IA est une discipline transversale aux autres. Son évolution permanente oblige à aborder constamment de nouvelles méthodes révolutionnaires les unes après les autres.

J’interviens également auprès d’agences d’architecture intérieure et auprès des designers pour former les équipes. Les besoins sont clairs. Il faut intégrer l’IA dans les processus d’agence pour créer mieux et automatiser ce qui peut l’être.

Projet de 2e année "Boutique de luxe" : choisir une marque existante, comprendre comment fonctionne l’accueil client privilégié, composer un moodboard, puis créer de toute pièce avec l'IA l'accueil de la boutique, le salon d'essayage, générer plusieurs visuels, angles de vue, détails... générer leur propre direction artistique et créer des intentions créatives

Vous évoquez un “socle solide” acquis par les étudiants. Quels en sont, selon vous, les piliers indispensables pour un futur Architecte d’Intérieur qui arrive aujourd’hui sur un marché en pleine mutation ?

Aujourd’hui, un jeune qui postule en agence d’architecture intérieure doit maîtriser l’intégralité des disciplines métier « traditionnelles ». Mais il doit aussi être en capacité d’utiliser les IA avec talent et discernement pour challenger sa propre créativité. À travers le Design Thinking, il l’utilisera lors de l’idéation pour explorer un large panel de possibilités créatives et arbitrer sur les meilleures. Il challenge ses idées, développe ses concepts par la recherche assistée par l’IA. Toujours en maîtrise, au risque de me répéter (c’est un mantra).

Au moment du maquettage, on peut ainsi proposer au client de nouvelles expériences. Créer et intégrer une scénographie à partir d’intentions culturelles ou sensorielles, des lumières, modifier rapidement des matériaux des palettes couleurs, créer un moodboard et l’intégrer à leurs créations rapidement, idem pour du mobilier sourcé en ligne et la décoration... Le tout rapidement et avec un rendu photo réaliste.

Ils proposent ensuite une « visite guidée » immersive de leur projet avec un grand gain de temps et de réalisme.

En tant qu’ambassadeur régional de l’ANIA, vous êtes en contact direct avec les acteurs économiques. Que vous disent les dirigeants d’agences ou de studios sur les attentes qu’ils ont vis-à-vis des jeunes diplômés et de leur rapport à l’IA ?

L’ANIA (l’Association Nationale de l’Intelligence Artificielle) a plusieurs missions. L’une d’entre elle est de faire remonter le développement des usages de l’IA chez les professionnels locaux, rédiger des rapports, transmettre au gouvernement nos analyses terrain. Parmi ces rapports, l’un d’eux évoque, par la voix des recruteurs, l’absolu intérêt d’embaucher des jeunes qui maîtrisent parfaitement les IA à date. Mais le bémol exprimé est que ces jeunes ne doivent pas utiliser l’IA au détriment de leur propre créativité.

C’est exactement la ligne de conduite que j’enseigne auprès de mes étudiants à CREAD et dans d’autres écoles en France. Ne jamais déléguer votre intelligence à un résultat proposé par une IA. Garder un esprit critique aiguisé et créer plus loin, plus fort et mieux.

Les employeurs recherchent à la fois une bonne maîtrise des outils IA et une solide culture créative. Comment concilier ces deux attentes dans la formation des futurs professionnels ?

Les deux sont indissociables. La culture est le socle de notre intelligence humaine. Elle est incontournable. Sans elle, pas de génie créatif. L’IA est un outil en perpétuelle évolution. Mais elle reste un outil. Comme un marteau. Lorsqu’on sait utiliser un marteau, on ne plie pas les clous, on travaille plus vite avec moins de fatigue. C’est pareil avec l’IA générative.

Elle ne fait pas le « job » toute seule. Elle a besoin d’intentions. L’intention nait de la culture. La bonne maîtrise des IA et une solide culture créative sont les attendus des recruteurs.

Vous décrivez l’IA non pas comme un outil unique, mais comme un ensemble de “briques” technologiques à assembler. Comment accompagnez-vous les étudiants dans cette compréhension systémique et dans le développement d’une véritable agilité technologique ?

Vous avez parfaitement raison, l’IA générative est plurielle et son approche l’est aussi. On ne prompte pas une image comme on prompte du texte, une vidéo ou de la musique. Personnellement j’en utilise plus d’une cinquantaine.

Mais au-delà de la maîtrise technique, c’est le projet qui est au centre de la créativité. Ce projet nécessite souvent une approche multimodale, souvent transverses aux autres disciplines.

Les étudiants de CREAD sont en capacité de choisir quelles IA utiliser pour servir ce projet. Ils savent générer du contenu texte de qualité, utiliser plusieurs plateformes de générations d’images, de vidéo, de son… et les articuler entre elles.

Certaines compétences traditionnelles, comme la production 3D, tendent à être automatisées. Selon vous, quelles compétences humaines, conceptuelles et créatives resteront différenciantes pour les Architectes d’Intérieur dans les années à venir ?

La vision et le talent de l’Architecte d’Intérieur sont le socle, l’IA permet une « augmentation », un upscale de ces qualités. Cependant les lignes vont bouger. Certaines tâches seront automatisées, d’autres permettront une expérience plus immersive, d’autres créeront de nouvelles opportunités, la créativité sera transcendée.

Dans tous les cas ce métier, comme tous les métiers créatifs, est en profonde mutation. Ce sont nos étudiants, futurs professionnels, qui créeront ces nouvelles valeurs ajoutées.

Projet de 2e année "Scénographie d'un bureau de producteur de films" : création de 3 espaces scénographiés pour un bureau de producteur de cinéma. L'idée est de proposer une expérience de montée en tension et en énergie en traversant ces 3 espaces.

Cette évolution rapide des technologies questionne le rôle de l’école. Comment transmettre des savoirs pérennes dans un environnement où les outils se renouvellent tous les trois mois ?

C’est le nœud gordien de la problématique. Le centre du sujet qui doit être traité en priorité. La mission d’une école, c’est de former les futurs professionnels pour qu’ils soient adaptés aux exigences métier de demain. Ça demande une réflexion systémique de l’enseignement. Les disciplines métier de CREAD évoluent en intégrant ces nouveaux outils intelligemment, avec discernement.

Les étudiants sont agiles, ils intègrent vite ces nouvelles technologies. Ils apprennent l’impermanence des IA et l’adaptation. La pédagogie doit toujours avoir un coup d’avance sur ces évolutions rapides.

Vous évoquez la nécessité de “repenser en profondeur” la pédagogie. Quels axes vous semblent prioritaires pour former des professionnels capables de naviguer dans un paysage technologique aussi instable que riche en opportunités ?

Les programmes, quelle que soit la discipline doivent être repensés à travers la mire de cette révolution des IA. Comment enseigner la scénographie, la conception, l’idéation, la présentation d’un projet avec ce nouveau prisme ? Comment créer un lien entre le métier d’aujourd’hui et celui, très transformé de demain ? De dans 5 ans ? Ce sont ces questions auxquelles la pédagogie doit répondre avec ambition.

Pour cela, former les responsables pédagogiques et les professeurs me semble être un début de réponse. Toute la chaîne pédagogique doit se saisir de ces enjeux.

L’IA ouvre de nouvelles possibilités de représentation, mais comporte également ses limites. Comment enseignez-vous aux étudiants à conserver un regard critique et responsable face aux images qu’ils produisent ?

L’esthétique d’une image produite par l’IA ne compte que partiellement dans la note finale. Ce que je note, c’est le cheminement de pensée, le répertoire de prompts, l’itération, les mots utilisés en français et en anglais. C’est ici que se situe la preuve de leur regard critique, ce qui me permet de m’assurer que les étudiants maîtrisent leur créativité à travers l’IA. C’est un formidable outil pour cela.

Une belle image sans intention pour servir le projet ni détailler un concept, n’a aucun intérêt.

Enfin, quel message souhaiteriez-vous adresser aux futurs diplômés de CREAD pour les préparer à un métier qui évolue aujourd’hui à une vitesse sans précédent ?

Je leur dis sincèrement que j’adorerais avoir 20 ans aujourd’hui pour vivre avec eux ce qu’ils s’apprêtent à vivre en tant que futurs professionnels. L’arrivée des IA révolutionne déjà les usages métiers. Ils ont tout à réinventer et des outils géniaux pour cela, même s’ils comportent des risques importants et un impact environnemental insupportable pour l’instant.

Je leur dit aussi qu’il faut être ambitieux, que l’IA peut décupler leur talent. Être une opportunité de dépassement et d’exploration sans aucun précédent dans l’histoire de l’humanité. Mais que se contenter d’une belle image sans intention forte, c’est la voie qui mène à la médiocrité. Choisissez votre voie, vos choix, votre ambition. L’IA est un accélérateur et un révélateur.

Certains chercheurs en IA ne comparent pas cette révolution à l’apparition de l’écriture. Ils la comparent au moment où l’Australopithèque s’est mis debout et que son cerveau s’est développé. L’humanité va vivre une révolution d’une ampleur sans précédemment. C’est une immense opportunité pour eux. Il faut la vivre avec enthousiasme, discernement et esprit critique.

Merci beaucoup à Yohann pour ce témoignage ! 

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